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Yayoi Kusama ( 草間 彌生 ) 1929 -

plasticienne japonaise

Yayoi Kusama (se prononce K'sama) est née en 1929 à Matsumoto, préfecture de Nagano.

Kusama est une des plus grandes artistes contemporaines au Japon. En 1957, elle entame un long séjour aux États-Unis. Elle s’installe à New York en 1958 où elle fréquente Donald Judd et Franck Stella. L’artiste, rapidement assimilée à l’avant-garde new-yorkaise, apparaît comme l’un des précurseurs du pop’art et de l’art environnemental.

Elle rejoint en Europe à la fin des années 60, le groupe Zero de Piero Manzoni et d’Yves Klein et expose dans les musées et galeries des Pays-Bas et d’Italie.

Le travail de Kusama, qu’elle qualifie d’obsessionnel, est fondé sur la répétition et la multiplication de signes. 1960 voit le lancement de son Manifeste de l’oblitération : « Ma vie est un pois perdu parmi des millions d’autres pois... ».
Enfant, Kusama avait eu la vision hallucinatoire d’un motif en forme de pois décorant une nappe familiale se répéter dans la pièce. Dès lors, son univers en sera peuplé et ses installations habitées d’une multitude de pois colorés mais aussi de miroirs ou de formes phalliques répétées à l’infini.

Après les corps peints viendront les vêtements puis des espaces entiers seront couverts de points, du ciel au plafond. Mais elle ne crée pas mécaniquement. Elle invente à chaque fois une manière d'agencer ces points dans l'espace, variant les couleurs, les tailles, les atmosphères, les matériaux, les éclairages.

Elle même intervient souvent comme élément interne de ses propres installations. En 1965 Kusama réalise ses premiers happenings à New York, allant jusqu’à mettre en scène en 1969, lors d’un bref séjour au Japon, une mémorable performance regroupant des intervenants totalement nus devant le Palais Impérial !

Surtout connue pour ses sculptures et peintures, Kusama a aussi abordé la mode, la réalisation de films et a également publié des romans.
En 1973 elle revient à Tokyo. Elle intégre, outre ses pois rouges, des formes reptilo-phalliques dans ses productions. Elle a acquis la célébrité par des installations avec miroirs, ballons rouges, jouets, au milieu desquels elle se mettait en scène.

De santé mentale fragile, elle vit volontairement dans un établissement de soins psychiatriques de Tokyo depuis 1977, cet établissement est réputé pour ses pratiques encourageant l'expression artistique comme thérapie.

Libération sexuelle, critique violente de la société de consommation et politisation de l'art deviennent l'enjeu majeur de ses performances. Cette rébellion des corps représente l'un des apports les plus singuliers de Kusama. Par cette émancipation, elle participe à la quête d'une autonomie à la fois physique, sexuelle et intellectuelle, associant féminisme et performance.

Depuis 1980, Kusama persévère à concevoir d'imposants environnements (Dots Obsession, 1998) et sculptures, mais elle a entrepris récemment une nouvelle série de peintures. Sur des formats souvent carrés et posés horizontalement, elle compose quotidiennement avec un certain automatisme d'étonnants « rébus ». Une prolifération proprement hallucinatoire de formes mouvantes et flottantes, toujours simplifiées, engendre un interminable surgissement, emporté avec l'élan du pinceau à la vitesse du chaos. Mouvement des images images en mouvement, ainsi grouillent les méandres de sa psyché.

La force de Yayoi Kusama est de ne se cantonner à rien, de faire appel à des techniques variées pour exprimer ses questions et ses obsessions. Ses créations frappent le regard par leur efficacité, tout en distillant des émotions et des interrogations qui nous renvoient à notre inconscient, notre éducation, notre culture. Outre les thèmes de la drogue et de l'amour libre, ses expérimentations l'amènent à interroger l'univers féminin ; elle crée des installations où des planches à repasser, des poêles à frire sont couvertes de... phallus. C’est une artiste inclassable bénéficiant dans son pays d’un grand respect et exerçant une influence considérable sur la jeune génération qui lui rend régulièrement hommage.

Elle a reçu de nombreuses distinctions au Japon et à l'étranger :

  • 2003 : elle est décorée par l'Etat français de l'Ordre des Arts et des Lettres
  • 2006 : elle reçoit le Prix de l'Empereur,le Praemium Imperial catégorie peinture, délivré par The Japan Art Association.

Principales expositions:

  • 1987 : première exposition personnelle au Japon au Kitakyushu Municipal Museum of Art
  • 1993 : Biennale de Venise, elle fut la représentante du Japon
  • 1998 : Love Forever: Yayoi Kusama 1958-1968 au Los Angeles County Museum of Art et au MoMA de New York
  • 1999 : New York/Tokyo au Museum d'Art Contemporain de Tokyo
  • 2000 : la Serpentine Gallery de Londres lui consacre une exposition majeure
  • 2002 : The Place for My Soul au Matsumoto City Museum of Art, préfecture de Nagano
  • 2004 : Kusamatrix exposition personnelle au Mori Art Museum, Tokyo
  • 2011 : Rétrospective au Centre Georges-Pompidou

Citations

« C'était la période de l'engouement pour l'Action painting. J'avais l'idée qu'il était important pour moi d'élaborer un art original, issu uniquement de mon monde intérieur […]. En 1959, j'exposais mes Infinity Nets, blancs sur fond noir. La monotonie engendrée par une répétition due à une action constante, l'absence d'un centre, et l'indifférence témoignée à la composition, plongèrent le public dans la perplexité […] J'avais en moi le désir de mesurer de façon prophétique l'infini de l'univers incommensurable à partir de ma position, en montrant l'accumulation de particules dans mes mailles d'un filet où les pois seraient traités comme autant de négatifs. […] C'est en pressentant cela que je puis me rendre compte de ce qu'est ma vie, qui est un pois. Ma vie, c'est-à-dire un point au milieu de ces millions de particules qui sont les pois. […] »

« Un jour, après avoir vu, sur la table, la nappe au motif de fleurettes rouges, j'ai porté mon regard vers le plafond. Là, partout, sur la surface de la vitre comme sur celle de la poutre, s'étendaient les formes des fleurettes rouges. Toute la pièce, tout mon corps, tout l'univers en seront pleins ; moi-même je m'acheminerai vers l'autoanéantissement, vers un retour, vers une réduction, dans l'absolu de l'espace et dans l'infini d'un temps éternel. […] Je fus saisie de stupeur. […] Peindre était la seule façon de me garder en vie, ou à l'inverse était une fièvre qui m'acculait moi-même. […] »

« […] L'image sur laquelle je travaille actuellement est celle de la mort […]. Dans notre société d'information devenue une société de violence, dans une culture homogénéisée, dans une nature polluée, dans cette imagerie d'enfer, le mystère de la vie a déjà rendu son souffle. La mort qui va nous accueillir s'est dépouillée de sa quiétude solennelle et nous avons perdu de vue la mort sereine. […] Jusqu'ici, ma propre révolution, faite pour continuer à vivre, se dirigeait vers la découverte de la mort. Je suis arrivée à un moment de mon parcours artistique où il faut que je crée un art pour le repos de mon âme, un art qui tiendra compte de ce que signifie la mort, de la beauté de ses couleurs et de ses espaces, de la tranquillité de ses pas, du ' Néant ' qui vient après elle. »


Galerie


Table à repasser 1963

L'artiste dans une installation avec miroirs (1965)

Naoshima, Kagawa prefecture, 1994

Dots obsession, performance, 1999

Gold shoes, 2001

High Heel, 2002

Musée de Matsumoto, préfecture de Nagano , 2002

"Girls" œuvre sur carton, 2003


"The Tulips of Shangri-La", Lille-folies 2004,
au fond l'immeuble Crédit Lyonnais de Christian de Portzamparc

Rétrospective Centre Georges-Pompidou 2011


Jardin des Tuileries 2011

My flower bed 1962

Happening sur la 14e Rue, 1966

Citrouille rouge et blance (résine 1998)

Installation en plein air, 2000

Polka dots, 2000


Kusama furniture, 2002



Citrouilles, 2002

Orchard road, Singapour, biennale 2006

Dot Obsession, Grande Halle de la Villette, Paris 2008

Tableau présenté à la Biennale de Venise 2011

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